Chronique
25 ans de pensée sur le travail : de la maîtrise du travail à son réenchantement

Au cours des vingt-cinq dernières années, l’approche du travail s’est notamment structurée autour de trois grands axes :

le temps de travail, sous l’angle de sa réduction et de sa flexibilisation, avec les lois de Robien (1996) et Aubry (1997-98), puis dans le stérile débat sur son éventuelle remontée ;
les maladies du travail, avec le constat de la progression des risques psychosociaux (RPS), de la persistance ou de l’aggravation de pénibilités physiques spécifiques ou encore de la reconnaissance de la prévalence endémique des phénomènes de harcèlement et de retrait du travail (burn out notamment) ;
en réponse, la qualité de vie au travail s’est imposée comme un palliatif possible, en mixant les thématiques de l’engagement des salariés et celles de leur protection face aux pénibilités et aux contraintes du travail et en introduisant la nécessaire question de l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle.

Ces approches, pour intéressantes soient-elles, n’épuisent pas les enjeux du travail. Elles peuvent même parfois sembler être l’arbre qui cache la forêt.

Qu’est-ce que l’on ne parvient pas à voir, ou qu’est-ce que l’on ne veut pas voir, lorsque l’on pense au travail et qu’on l’approche par ces notions de qualité de vie au travail ou de réponses aux pénibilités et maladies professionnelles ? Pourquoi les initiatives en la matière, même louables, n’épuisent-elles pas le sujet ?

Force est de constater, par exemple, qu’elles ont échoué sur plusieurs terrains. Elles n’apportent pas de réponse satisfaisante aux difficultés apparues post-Covid. Elles ne parviennent pas à attirer et à fidéliser de nouveaux salariés dans certains secteurs fortement embaucheurs. Elles ne réussissent pas à reconstituer des collectifs efficaces et solidaires à la suite de leur éclatement lors de la période de confinement, puis, de la mise en place d’un télétravail sélectif selon les assujettissements spécifiques aux différentes catégories de salariés.

Aujourd’hui, nombre d’entreprises ne savent pas comment aborder et traiter conjointement les questions de l’engagement et de la fidélisation, comme celles de la prévention de l’usure physique ou psychologique et de la préservation de l’emploi des seniors, réactualisée par la réforme des retraites, sans parler du thème montant de la santé psychique au travail.

Confrontées aux mutations de leur environnement socioculturel, les entreprises ne peuvent faire l’économie d’une réflexion sur leur part de responsabilité et, plus encore, sur leur capacité de réponse à ces évolutions. Elles doivent relever le défi d’un réenchantement du travail. C’est en cela qu’une approche par la qualité du travail nous paraît une piste exigeante, mais prometteuse.

Ce qui se joue dans le travail

Dans l’ouvrage collectif Métamorphose du travail (Afriat et alii, Economica 2020), qui se penchait sur la prospective du travail, nous rappelions l’importance et la pluralité de sens dont relève le travail humain.

Le travail renvoie bien entendu à des enjeux économiques, par les revenus qu’il procure à celui qui l’exerce, tout en participant à une création de valeur économique, qui dépasse cette seule rétribution. En cela, il s’insère dans une dimension de création, d’une part, et de valorisation, d’autre part. Ces deux dimensions s’attachent à la fois à l’activité de travail proprement dite et à la personne qui s’y engage et qui l’opère. Dans le travail, ce n’est pas seulement la production qui est une création et qui acquiert une valeur, mais le travailleur qui exerce sa créativité et qui affirme ou acquiert une valeur propre. A la dimension d’exécution, inhérente à chaque tâche, s’ajoute et se mêle une dimension de qualité, de maîtrise, voire de virtuosité, propre à chaque travailleur.

Une troisième dimension renvoie à l’organisation sociale et à la dimension collective du travail. Au plan individuel, le travail structure la vie d’une personne selon différentes temporalités : vie professionnelle, vie personnelle, famille, loisirs. Il la dote de capacités, essentiellement financières, et de possibilités, tel, en premier lieu, le pouvoir d’achat. Au niveau social, il la valorise : il lui donne un statut, une image sociale, une utilité, une insertion sociale. Le travail peut même revêtir une dimension d’accomplissement individuel, reconnue à la fois par le sujet lui-même et par tout son environnement social.

Or, après quarante années de développement résolu de l’individualisation des relations de travail, la montée en puissance des risques psychosociaux dans les entreprises et des problématiques de santé mentale au travail a manifesté l’apparition des pathologies du collectif, au-delà des seuls individus.

Parallèlement et en miroir, l’évolution du management a reposé sur les entretiens annuels d’évaluation, les primes et intéressements individuels ou les licenciements individuels. L’introduction du forfait-jour ou des objectifs individuels quantifiés a reporté l’aléatoire du travail sur l’organisation des salariés et transféré la responsabilité de l’efficacité collective sur le seul travailleur.

Le travail est ainsi devenu, également, une forme collective d’organisation de la solitude individuelle et de la compétition de chacun contre tous, sur le terrain de l’obtention de la reconnaissance économique et sociale.

Dès lors, il apparaît que le travail évolue entre deux paradigmes antagonistes : une tendance à l’instrumentalisation et à la normalisation maximale du travail humain, d’une part, et un paradigme d’autonomisation et d’enrichissement du travail humain, d’autre part.

Dans le premier axe, le travail est appréhendé comme une suite de tâches, dont il convient de réduire au maximum le coût, idéalement par automatisation, à défaut par délocalisation. Dans cette acception, le travail humain est asservi à la technologie ou aux processus organisationnels qui l’encadrent.

Dans la seconde acception, le travail humain est sollicité dans ses capacités cognitives, analytiques et de créativité. Il s’insère et se mobilise au sein d’organisations collectives sophistiquées, suscitant et démultipliant l’implication créative et intellectuelle d’un large collectif.

Cette bifurcation entre deux paradigmes (entre un travail asservi et un travail libéré, en quelque sorte) modèlera l’avenir du travail, dans son contenu (volume et nature des tâches effectuées) comme dans ses conditions (niveau de rémunération ; lieu d’exercice ; nature individuelle ou partage collectif des tâches). Finalement, elle en dictera le sens et la valeur et en conditionnera l’appétence et la supportabilité.

Une forte divergence de perceptions entre salariés et employeurs quant à la nature même du travail

Un travail récent, engagé au sein de l’association Réalités du dialogue social, a réuni des représentants des salariés comme des employeurs autour de l’analyse de la qualité du travail dans leur entreprise.

L’analyse de ces entretiens manifeste à la fois une divergence dans la façon de concevoir ou d’appréhender le travail ; un souci commun quant à la qualité du travail ; en creux, un attachement fort à la valeur travail, lui aussi partagé.

La divergence dans la façon de concevoir ou d’appréhender le travail confronte une vision essentiellement organisationnelle et procédurale du travail, pour les cadres ou dirigeants d’entreprise, à une vision principalement centrée sur le vécu, le ressenti du travail, pour les représentants des salariés.

La vision organisationnelle et procédurale du travail, dominante chez les cadres ou dirigeants d’entreprise, se fonde sur des modes d’organisation du travail normés, voire contraignants (lieux et temps de travail, principalement), des protocoles de traitement des incidents liés au travail (RPS notamment), d’autres mécanismes de régulation des externalités négatives du travail : égalité de genre, inclusion, handicap, singularités… Il repose également sur des accords ou des dispositifs d’amélioration de la qualité de vie au travail, plus que du travail lui-même, avec une large délégation aux managers pour la mise en œuvre et l’animation de ces dispositifs.

Dans cette vision, se lit en filigrane la conviction sous-jacente que le travail n’est pas négociable. Seules son organisation, à la main de l’employeur, et ses modalités périphériques, la qualité de vie au travail, peuvent faire l’objet d’une mise en débat et d’un dialogue managérial, via les entretiens professionnels, ou d’un dialogue social avec les instances représentatives du personnel.

La vision des représentants des salariés, quant à elle, se fonde sur la charge de travail : quantité de travail, critères de productivité, rythme et horaires réels, les conditions matérielles de travail, le travail en mode dégradé, l’usure physique ou psychologique du travail, notamment pour les aînés ; la qualité des relations de travail, entre collègues et, avec plus d’acuité encore, entre salariés, direction, et management. Elle se structure également sur le comportement de la direction, à part au moins égale à celui des managers – ces derniers ne pouvant, à eux seuls, rattraper une éventuelle défaillance dans la relation direction/salariés – ainsi que sur le cadre psychologique du travail, au premier rang duquel tous les facteurs de valorisation et de reconnaissance du travail, dans l’entreprise et hors de l’entreprise. Cette dimension de reconnaissance s’exprime sous toutes ses formes, salariale, symbolique, relationnelle, et dans les logiques d’efficacité et d’utilité.

Un souci commun quant à la qualité du travail

Cette intention s’exprime par une présomption commune de relative perte de sens du travail. Cette dernière, considérée, selon les contextes, comme prégnante ou évitable, peut procéder de différentes causes, éventuellement conjointes. Elle peut relever d’une dévalorisation économique et symbolique du travail : un travail qui rapporte de moins en moins, un salaire qui doit être complété par des aides sociales, un travail qui est peu considéré ; d’une déconnexion des évolutions organisationnelles des entreprises, au fil de leurs transformations, et du travail réel, à réaliser au quotidien ; d’un travail dégradé, voire empêché, soit une dégradation tendancielle du service rendu ; d’un sentiment d’abandon et de non-reconnaissance, d’invisibilisation du travail ; de difficultés d’équilibrage entre vie professionnelle et vie personnelle ; d’une impossibilité de s’exprimer et de se réaliser dans son travail ; d’une divergence entre le discours sur la fierté d’appartenance à l’entreprise, renvoyant à ses seules performances économiques, et la réalité d’appartenance à un métier concret, tel qu’il s’opère au quotidien.

Face à cette perte de sens, les réponses collatérales – dispositif de qualité de vie au travail, accords d’équilibre vie professionnelle/vie privée, RSE, dispositifs de qualité des produits et services – paraissent de peu de poids et relèvent peut-être de la fausse réponse, ou du palliatif, aux vrais problèmes.

Le fort attachement partagé à la valeur travail permet d’envisager des voies de conciliation, autour de la notion de qualité du travail

Cette divergence dans la vision du travail et cette convergence sur l’importance de lutter contre une perte de sens du travail ouvrent l’espace pour un dépassement de ces contradictions, autour de l’attachement commun à la valeur travail.

Pour orchestrer ce possible dépassement, il convient d’acter la crise de la « prérogative de l’employeur » quant à l’organisation concrète du travail, de dépasser la gestion du sujet par les palliatifs au manque de qualité ou à la dégradation du travail et de reconsidérer le travail réel, en miroir du travail abstrait mesuré par les reportings usuels. 

Sur ces bases, un réel dialogue peut s’orchestrer dans l’entreprise et entre salariés et management.

Ce dialogue doit permettre de mesurer, pour chaque poste, l’intérêt et le sens des tâches qui le composent, le degré de contraintes ou de pénibilité qui s’y attachent et ce, dans le but d’optimiser ce cocktail intérêt/contraintes. 

Ce dialogue englobera ainsi le sens au travail (en général, mais aussi dans l’intérêt de chaque poste), le lien entre valeurs de l’entreprise et sa performance économique, son efficacité opérationnelle, la valorisation et la reconnaissance des métiers qui composent le travail. Il inclura tout autant la durabilité de l’emploi et la soutenabilité du travail, dans le temps mais également la continuité de la relation de travail et ce, tout au long de la chaîne de l’exécution opérationnelle au management et jusqu’à la direction de l’entreprise. Il contiendra enfin l’attention spécifique au turnover et aux vacances de postes ainsi que le mode de traitement et de prise en charge collective des incidents, irritants, difficultés.

Sur la base de ce dialogue, pourront alors se construire des dispositifs organisationnels, reposant sur des valeurs partagées, au premier rang desquelles la « performance par la confiance » plutôt que l’assujettissement du travail au reporting financier, actant que la profitabilité est le résultat d’un travail et non le prérequis pour le normer… Tout aussi importante, la nécessité d’un « bain de communication » autour du travail, par un dialogue professionnel décentralisé, non exclusif d’une communication directionnelle, devra faire montre d’une valorisation interne/externe du travail et des métiers. Dans la même logique, un « care management » du travail devra porter une attention en continu aux conditions d’exercice et d’efficacité du travail, modes d’expression et de résolution collective des incidents, irritants, inefficacités avérées. Seront également attendues des chartes du travail, exprimant des engagements partagés. Enfin, sera déterminante l’implication du CSE/des RP dans les chantiers d’amélioration ou de solutions des difficultés rencontrées.

Avec quels objectifs dans les entreprises ? Il s’agit de mieux mobiliser le travail ainsi que les forces créatrices dont il est porteur. Pour cela, il faut créer les conditions d’un autre dialogue social, autour d’un attachement partagé à la valeur travail, développer une nouvelle façon d’écouter le contenu de chaque poste en déterminant, très certainement, une pondération plus souple et mieux pensée des apports du management, de la direction et des instances représentatives du personnel.

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Alain Petitjean, Groupe Alpha
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Dans cette chronique, Alain Petitjean, directeur associé du Groupe Alpha, pose les bases d’une revalorisation du travail axée autour d’un dialogue fort structuré sur des valeurs partagées.
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Alain Petitjean
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Mouvements

Par arrêté du 19 janvier 2024, de nouveaux membres sont nommés au cabinet de la ministre du travail, de la santé et des solidarités, Catherine Vautrin. 

Sont ainsi nommés : 

Louise Olnois, conseillère parlementaire ;
Alicia Saoudi, conseillère budgétaire ;
Giuliano de Franchis, conseiller technique chargé du marché du travail, de l’assurance chômage, de l’emploi des seniors et de l’insertion ;
Marine Pardessus, conseillère technique chargée de la formation, de l’apprentissage et des petites et moyennes entreprises ;
Kathleen Agbo, conseillère technique chargée des mutations économiques, des bassins de vie et d’emploi, et de France Travail ; 
Audrey Lauze, conseillère technique chargée des relations du travail et de la santé au travail ;
Lucie Ligier, conseillère technique chargée de l’offre de soins et du Covid-19.

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Florence Mehrez
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A la une (brève)

Dans une affaire jugée par la Cour de cassation le 20 décembre dernier, un employé polyvalent de station-service, embauché en 1995, exerce divers mandats de représentant du personnel à compter de l’année 2000. 

En 2022, la station-service est rachetée et les contrats de travail des salariés sont transférés au nouvel employeur. Le salarié continue à exercer ses activités de représentant du personnel. 

En 2015, après une fusion-absorption entraînant un nouveau transfert des contrats de travail, le salarié intente une action en justice pour faire reconnaître la discrimination syndicale qu’il estime avoir subie et qui, selon lui, avait commencé avant le premier rachat de la station service.

Les salariés avec qui il se comparait étaient à l’origine, selon lui, dans la même situation professionnelle que lui, mais bénéficiaient d’une classification supérieure à la sienne.

La Cour de cassation précise qu’au jour du transfert l’employeur doit s’assurer que les salariés qui exercent un travail de valeur égale perçoivent une rémunération comparable compte tenu de leur ancienneté. Mais il n’a pas à s’interroger sur leur évolution professionnelle avant ledit transfert. Autrement dit, ce n’est pas au repreneur de subir les conséquences d’une éventuelle discrimination qui se serait produite dans une entreprise avec laquelle il n’avait alors aucun lien.

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Florence Mehrez
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A la une

« Il faut s’attaquer aux racines du mal », c’est le cri d’alerte du Haut conseil à l’égalité (HCE) dans son sixième état des lieux du sexisme en France (en pièce jointe). Créé par décret en 2013, cet organisme évalue les politiques publiques en matière d’égalité femmes-hommes et formule des recommandations transmises au Premier ministre. Ce nouveau cru de son rapport sur le sexisme se montre particulièrement inquiétant. Malgré les mouvements médiatisés contre les violences faites au femmes qui ont émaillé la société depuis « MeToo », les représentations sexistes s’installent et se développent. Selon le HCE, « il apparaît en outre que plus l’engagement en faveur des femmes s’exprime dans le débat public, plus, en face, la résistance s’organise ». Les réflexes institués dès le plus jeune âge dans la famille se cristallisent ensuite à l’école et se déploient sur internet. Au travail, tant dans le choix du métier que des carrières, les femmes restent discriminées.

22 % d’écart de salaire

Au travail, la première inégalité entre hommes et femmes s’exprime dans le salaire. Selon le HCE, à compétences et qualifications égales, le salaire des femmes reste inférieur de 22 % à celui des hommes (un chiffre que constatait déjà l’Insee pour 2019, l’écart étant de 28 % en 2000). Entre les catégories de salariés, la différence est la plus importante chez les cadres (16,4 % en défaveur des femmes), même s’il s’est réduit de 6 points depuis 2010. De plus, 26,5 % des femmes travaillent à temps partiel « qui fonctionne comme une véritable trappe à pauvreté, notamment pour les femmes à la tête d’une famille monoparentale, de plus en plus nombreuses », indique le HCE.

Seuls 20 % de la population considèrent que femmes et hommes sont égaux au travail. De plus, le sixième rapport pointe une tendance à la réassignation des femmes à domicile, 80 % d’entre elles consacrant encore plus d’une heure par jour au travail domestique contre 36 % des hommes. Ce phénomène s’accompagne de leur « quasi-exclusion des filières numériques les plus prometteuses en termes de carrière », indique le Haut conseil.

Le cercle vicieux famille-école-numérique

Pour l’instant, la société française ne parvient pas à rompre la boucle qui entretient les représentations, stéréotypes et violences de toutes sortes à l’égard des femmes. Selon le HCE, les parents reproduisent souvent ces artifices genrés sans s’en rendre compte au travers de l’éducation qu’ils inculquent à leurs enfants. Ainsi, 62 % des filles considèrent qu’elles ne sont pas élevées de la même manière que leur frère.

Non seulement les stéréotypes persistent, mais ils se développent toujours plus chez les jeunes hommes de 15 à 34 ans, notamment parce que l’école fabrique du sexisme : 39 % des femmes ont déjà vécu une inégalité de traitement scolaire. De plus, trop peu de filles s’orientent vers des carrières scientifiques, en particulier dans les domaines des mathématiques et du numérique. « Aujourd’hui en France, moins de 30 % des ingénieur(e)s sont des femmes », souligne le HCE. Le corps enseignant se comporterait différemment en fonction du genre, souvent sans s’en rendre compte, les garçons étant d’avantage poussés à réussir, et les filles davantage utilisées comme « auxiliaires pédagogiques » pour aider les garçons à être plus attentifs (selon les études des sociologues Claude Zaidman et Marie Duru-Bellat).

Enfin, le numérique ferme la boucle en amplifiant les tendances. Selon le HCE, 75 % des femmes de 15 à 24 ans considèrent que femmes et hommes ne sont pas traités de la même manière sur les réseaux sociaux. 68 % des contenus Instagram diffusent des stéréotypes de genre, surreprésentant les femmes dans la sphère familiale ou privée. Dans l’audiovisuel, la sous-représentation des femmes se résorbe mais reste importante. Leur présence à l’écran reste genrée : les personnages féminins des films et séries sont à 45 % cantonnés au foyer, sans parler des dommages liés à l’industrie pornographique.

Les recommandations du HCE

Le Haut conseil recommande d’agir dès la petite enfance et dans tous les aspects de la vie privée et publique. A commencer par une adaptation des programmes scolaires, comprenant un manuel dédié d’éducation à l’égalité. Le HCE souhaite également une obligation de résultats pour l’application de la loi sur l’éducation à la vie sexuelle et affective et la désignation d’un(e) référent(e) académique. Dans son rapport de l’année dernière, le HCE recommandait déjà de rendre obligatoires les formations sur le sexisme.

Changer les mentalités passerait également par une régulation de l’industrie pornographique et des contenus numériques visant des représentations de femmes. Pour assurer plus de mixité et de parité dans le secteur du numérique, le HCE réclame la mise en place de quotas de filles dans les filières informatiques, ainsi qu’une bonification dans ParcourSup pour les filles choisissant ces études.

Enfin, le HCE recommande de faire du délit de sexisme un véritable outil juridique de condamnation des faits. En effet, si plusieurs infractions répriment des formes de sexisme, aucune ne constitue un délit. Le Conseil engage les pouvoirs publics à augmenter les moyens financiers et humains de la justice afin de diffuser « une culture de crédibilité des victimes » et un meilleur accueil des plaignantes. Le HCE doit d’ailleurs rendre au printemps 2024 les résultats de sa mission relative à leur prise en charge.

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Marie-Aude Grimont
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Le Haut conseil à l’égalité a rendu, lundi 22 janvier, son sixième état des lieux du sexisme en France. Son constat est alarmant : les comportements sexistes et machistes s’ancrent dans la société, aussi bien au travers de l’éducation dispensée par les parents qu’à l’école. Ces inégalités de traitement dès le plus jeune âge rejaillissent ensuite dans le monde du travail.
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Georges-François Leclerc est nommé directeur du cabinet de la ministre du travail, de la santé et des solidarités, Catherine Vautrin à compter du 17 janvier par un arrêté du 17 janvier 2024.

Issu de l’ENA, il était jusqu’à présent préfet de la région Haut-de-France. 

Il complète ainsi le cabinet de la nouvelle ministre.

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Florence Mehrez
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A la une (brève)

Selon une enquête de l’EM Normandie, publiée hier, les tatouages sont encore mal perçus dans le monde professionnel. Les personnes tatouées sont considérées comme « moins responsables, qualifiées, impliquées ou compétentes et même plus malhonnêtes que leurs pairs non-tatoués ». Des idées reçues qui conduisent de nombreuses personnes à « dissimuler leurs tatouages sur leur lieu de travail par crainte d’être jugées négativement par leurs collègues et supérieurs hiérarchiques ».

Or, selon les auteurs de cette étude, cette auto-censure « entrave leur capacité à s’exprimer pleinement au travail et entraîne des conséquences sur leur satisfaction et leur engagement professionnel, les rendant ainsi moins productives en entreprise ». D’où la nécessité pour les employeurs de repenser leur politique d’inclusion vis-à-vis de leurs collaborateurs et d’engager une réflexion sur la pression sociale liée aux normes d’apparence physique.

En 2018, plus de 18 % des Français étaient tatoués, en particulier les 18-35 ans, contre 14 % en 2016 et 10 % en 2010, d’après l’Ifop.

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Anne Bariet
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